Presse

Hôtel Communal d'Etterbeek, 2002

Cangeloni peint au rythme de sa recherche intérieure

Cangeloni cherche le signe/paysage, le symbole/visage, donnant vie intérieure aux apparences. Ses sujets lyriques sont composés par polyptyques. Ces ensembles manifestent présence et accomplissement de la tâche plastique dans la modernité. C’est une peinture qui s’adresse aux éléments individuels, mais aussi aux réalités collectives inaperçues. Surtout en ce qui concerne son projet actuel autour du Féminin.

Cangeloni peint au rythme de sa recherche intérieure. Les formes et les couleurs sont le résultat d’une quête de soi. Elle trouve l’espace de ses désirs dans la synthèse du support plastique. Ni rapidité ni lenteur, préférablement l’expression de ce qui s’échappe, l’intensité dans les limites qui impose la composition. Viviane Cangeloni est attentive à l’émergence des nouveaux reflets spirituels dans la structure de la mise en place des facettes qui participent aux polyptyques. L’ascèse est à l’œuvre, la profondeur de la vie doit se refléter et accompagner jusqu’au seuil des épiphanies plastiques. Prenons Narcisse. Il est un sujet-objet à nous contourner. Il n’est pas seulement ce qu’on voit dans le miroir intime, il est ce qui donne la dimension aux changements de l’image, celle que nous avons de nous-mêmes, celles que les autres ont de nous, celle de la photo, celle d’un commentateur. Narcisse est le discours direct sur l’enjeu de l’être qui nous fait vivre. Sur le support, il devient une sorte de complexité grâce aux morcellements du mythe. La toile invite au fragment, au découpage, et c’est par le chemin de ses fissures que nous pouvons rentrer dans les alvéoles de l’intériorité. Le mythe est la démesure de notre échelle imaginaire. Le mythe n’accepte pas le plan, règle des modèles. Il est là pour nous permettre la représentation de l’individualité. Il inspire le chœur, les chorégraphies et les fragments de nos visions du monde. La mise en image donne la possibilité de ne pas se reconnaître, tout comme celle de devenir Narcisse en incarnant son propre mythe. Dans cette ligne d’approximation, Narcisse est toutes les images que la peinture nous offre. Pour Viviane Cangeloni, le mythe est la source de l’énergie intérieure, cette énergie, est la réponse à ce que nous ne savons pas que nous sommes. Les mythes en tant que sujet et intériorité, sont pour elle ce qui donne le sens à sa peinture.

Le sens trouve son application immédiate chez Icare. Icare devient humain à cause de la pesanteur, dans sa chute. Mais, Cangeloni insiste sur l’ascension. Elle nous suggère par la traversée d’un paysage «une élévation depuis la pesanteur terrestre jusqu’à l’abstraction céleste, ce vertige de l’ange et sans doute aussi de l’artiste ».

Pour Cangeloni le sujet peut devenir thème, mais il est avant tout le paysage brumeux de soi même. Et c’est parfois la mémoire des désirs non réalisés qui aboutissent à ce qu’on appelle peinture.

Heriberto Lopez.        
Maison de Poésie «  La Higuera »
Critique à la revue « Panoramica latinoamericana »
Docteur Es-Lettres
2002


Viviane Cangeloni : recomposition visuelle…

L’art des femmes est jeune et des places sont à disputer, car la véritable émancipation passera par la création. « Ainsi soit-elle. » Viviane Cangeloni appartient à cette écurie d’artistes qui échappent à la dénomination de S., épouse Delaunay, d’Amanda Lea, égérie de Dali ou encore de Camille, poupée entre Claudel et Rodin…
D’emblée, la maîtrise du peintre s’est imposée et sa violence créatrice, coulée dans une forme contenue.
On se souvient d’un portrait, d’une tête d’homme de facture expressionniste dont un versant reçoit l’éclairage d’une abstraction patinée de fauvisme. Tout le tragique du destin humain s’y trouve amassé.
Depuis peu, elle renoue avec l’image scindée, démultipliée, polaroïdale entre mosaïque et icône dans une sorte de labyrinthe qui conduit aux mystères de l’existence. Sa période de diptyques et de triptyques annonçait ce retour.
Voici quelques années, Viviane Cangeloni a fait l’acquisition d’un appareil photo : outil de transgression par excellence, où l’instantané glisse vers l’instant damné, elle garde en mémoire l’interdit divin par lequel Dieu renverse le Veau d’or, parabole de l’image.
Équipée de la boîte noire, source de magie, elle appréhende le gros plan qui la sensibilise à une facture plus proche de l’abstraction. La technique du photographe implique le recours à l’air et à l’eau, ses éléments fétiches ; elle en appelle à l’ombre et à la lumière, à l’exhibitionnisme de la « peinture forte » comme au mystère du scellé.
La photo ne constitue pas un écueil, mais un tremplin pour cette artiste féline, acrobate qui déclare avoir toujours fait un détour pour mieux revenir à la peinture, fût –ce au risque du dédale…
Le peintre poursuit inlassablement, au-delà d’une image présumée unique qu’elle multiplie et triture à souhait, l’œuvre recomposée.
Et ici sa démarche est résolument moderne

Bertrand Van–Autryve, 2001, Communauté française


 

À propos des « Les Fleurs du Deuil » , une peinture datant de 1999 sous forme de polyptyque.

« Ces mythologies intérieures, comme elle les qualifie, suivent le cours de la vie. Un vaste panneau gris et noir rassemble les fleurs du deuil. Rien de tragique ni de désespérant, mais le simple cheminement d’un deuil qui doit s’accomplir pour que la vie continue. Son répondant (ou son opposant, c’est selon) ce sont les fleurs de la joie, du bonheur, de la sensualité. Elles sont éclatantes tant par la couleur que par le coup de pinceau, mais ces fleurs du bonheur, en quelque sorte, pourraient cacher une tristesse non avouée. »

Extrait de l’article d’Anita Nardon, critique d’Art (A.I.C.A 2003)